Danse : Art féminin, féministe ou sexiste ?

I. L’art le plus féminin ?

La danse est un art (ou sport) consacré aux filles dans nos sociétés. Parmi ceux qui la pratiquent en France, on compte plus de 87,4% de filles (chiffre 2011 INSEE). Cependant, cela n’a pas toujours était le cas. En effet de la préhistoire au moyen-âge, la danse est une forme de célébration collective, d’abord religieuse puis profane. À la renaissance, on pratique la danse de cour puis on invente le bal pour danser en couple. Au XVII et XVIIIe siècle, la danse baroque est prédominante, elle marque la création du ballet, le début des représentations scéniques. Et ne concerne plus que les hommes. Il faut attendre le ballet romantique au XIXe siècle pour rencontrer ce qui deviendra le mythe de la danseuse, vaporeuse et légère en jupette de mousseline. Depuis lors, cette idée s’est diffusée par la danse classique et a une très forte influence.

Aujourd’hui, on a toujours beaucoup de mal à se détacher de cette conception bien qu’il existe de nombreuses autres formes de danse dans lesquelles le cliché n’opère pas ; ailleurs dans le monde par exemple ou dans les danses jazz, contemporaine et hip-hop aujourd’hui plus populaire. On entend encore bien souvent des expressions consacrées de type : « fais pas ta danseuse » ; ou récemment dans un documentaire sur le football féminin : « on est pas des danseuses nous » pour signifier la difficulté de leur sport. Cette image est très éloignée de la réalité physique d’une discipline telle que la danse.

De nos jours le monde de la danse est également un lieu où il apparaît que la communauté homosexuelle se sente moins rejetée. En effet, l’homosexualité féminine ou masculine est bien souvent accueillie avec la plus grande banalité. Le patriarcat aurait-il oublié de soumettre cette partie de la société dans laquelle se trouve une majorité de fille ?

La réponse est NON. Nous allons voir comment.

 

II. Art sexiste ?

De toute évidence, la représentation du monde qui se fait sur une scène dans un ballet est à l’image de la société : c’est à dire patri-viriarcale. En effet, cet art est ULTRA-genré.

Pour les garçons la puissance et la performance physique y sont de rigueur :

  • – Les corps y sont ciselés, taillés de façon virile (ex : un homme de moins de 1,70 m, ne pourra pas danser pour un opéra)
  • – Leur danse est plus saccadée, plus lourde (ex : hip hop) et performative (nombre de pirouette, hauteur de sauts)
  • – Le porté leur est exclusivement réservé.

Pour les filles :

  • – Légèreté, fébrilité et flexibilité sont la norme. Les sauts sont silencieux et les ports de bras lyrics.
  • – L’apprentissage à l’adolescence passe par dissimuler tout ce qui pourrait avoir attrait au corps féminin (on gomme poitrine et fesse). On contrôle les poids des demoiselles de manière à les conformer à la minceur. Un corps neutre sur lequel on accolera des attitudes « féminines ».
  • – En danse classique il est impossible pour une fille d’avoir les jambes écartées face au public, elles seront toujours croisées et la demoiselle toujours orientée de ¾.
  • – Une femme ne peut pas prendre trop de place sur la scène, ces gestes ne doivent pas être trop volumineux (ex : les menés) (Pour aller plus loin sur le genre et l’espace http://antisexisme.net/2012/04/09/le-genre-et-lespace/ )

Tout est fait pour corroborer les représentations d’une prétendue « nature » entre les sexes et les genres. Cela s’appuie également, sur un choix de contes archaïques qui seront chorégraphiés ( La belle au bois dormant, le lac des signes, Casse noisette).

Par ailleurs, le pouvoir décisionnaire et créateur ainsi que l’histoire de la danse est faite par les hommes. Sur les 19 Centres Chorégraphiques Nationaux français, 15 sont dirigés par des chorégraphes de sexe masculin. Les grands noms de la danse les plus cités sont Maurice Béjart, Rudolph Noureev, Merce Cunningham, Vaslav Nijinski ou plus récemment, Angelin Prejlocaj.

Mais rien n’est perdu… je vous rassure.

III. Art féministe ?

La danse est un lieu où le poids du contrôle sur les corps féminins trouve ces limites. En effet, le rapport à la nudité, parfois complète, des danseuses y est plus sain que dans d’autres domaines. En danse contemporaine, les danseuses se rapprochent d’une artistique du corps comme outil et non comme objet ; pas d’exhibitionnisme relevant de la pornographie ou de toute image habituelle des corps féminin. Cela est souvent perçu par un public non averti comme choquant, car nous le savons bien, il y a ce que le patriarcat souhaite montrer du corps des femmes, et ce qu’il souhaite masquer. La danse contemporaine s’affranchie de ces dictats.

Et puis l’histoire va dans le bon sens. Depuis la naissance au XXe siècle de nouvelles formes de danse, les femmes ont pris de la place. D’Isadora Duncan (1877-1927) qui choquait par sa nudité sous un voile léger, aux grands noms de Caroline Carlson ou Pina Bausch. Les danseuses n’hésitent plus à s’asseoir dans le fauteuil du chorégraphe.

La danse contemporaine a également choisie d’abolir la normalisation des corps : les petits, les géants, les très maigres, les très gros, les handicapés sont désormais les bienvenus.

Pour conclure, certains sujets féministes y sont même traités et je vous invite à voir ce dont la danse est capable :

– Les violences conjugales dans « 32 rue Vandenbranden » de Peeping-Tom

– Le droit à disposer de son corps dans «the art of not looking back » de Hofesh Shechter

– La confusion des genres dans « Octopus » de Philipe Decouflé

A Pina Bausch

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Terpsichore

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