Le féminisme, j’y suis arrivé…

Lettre à ces hommes de mon entourage qui n’entendent pas le féminisme

Chers amis, famille, collègues,

Vous avez tous, au moins une fois, fait la moue ou ri doucement en m’entendant parler de mon engagement féministe ; exprimé votre désaccord avec le terme « féminisme » ou vos limites sur ses combats ; dénigré par l’ignorance ou  l’humour ses luttes. Je voudrez, par la présente, vous dire solennellement : Je ne vous en veux pas. Vous et moi sommes devenus hommes et femmes selon l’attente sociale d’une société patriarcale (ou viriarcale).

Permettez-moi simplement, de vous demander la faveur de lire ce que je vous adresse.

            Je suis née privilégiée : blanche, en bonne santé, dans une famille aimante de classe moyenne, je suis cis genre et plutôt hétérosexuelle. Cependant,je suis femme. Et ce « cependant » est important. Le monde est fait de catégories hiérarchisées entre elles, et là où les rôles sont genrés, ils le sont au désavantage des filles.

J’hérite de mon féminisme par l’Histoire,  d’Olympe de Gouges, d’Hubertine Auclert, de Solitude, de Nicolas De Condorcet, de Louise Michelle et de tant d’autres. Le mot féminisme vient d’ailleurs d’Hubertine Auclert qui reprit ce terme attribué négativement aux hommes efféminés du XIXe siècle, pour catégoriser les militantes des droits des femmes. Mon féminisme vient de là. Ce terme, j’y tiens !

Ce que je voudrais faire entendre, c’est que les femmes qui comme moi, le portent, sont toutes passées par une blessure. Une blessure qu’il ne faut pas moquer. Certaines, plus fortement que d’autres, mais la fracture a bien une date. Un coup, une agression, un viol ; pour d’autres une remarque, un choc.

Pour moi une série de prises de conscience. Violente.

  •  Ce jour au collège où l’on vous demande quel est votre personnage historique préféré, et où en cherchant, mis à part Buffy, vous ne connaissez pas de personnages de l’Histoire véritable qui soit une femme et que vous admirez. Normal, les femmes n’ont pas dues faire grand chose.
  • Ce jour où l’on commente pour la première fois à haute voix la longueur de vos vêtements. Normal vous ne portiez pas souvent de jupes avant ça.
  • Ce jour où l’on vous a réprimandée parce qu’il n’est pas féminin de dire des grossièretés ou de parler de sexualité avec cette désinvolture. Normal, vous sentiez bien que vous n’aviez plus de limites dans cette période d’adolescence.
  • Ce jour où votre père vous demande de secouer la nappe et tend son assiette négligemment vers vous pour être servi à table. Normal, on vous l’a déjà dit ; « vous faites ça très bien ».
  • Ce jour au lycée où l’on parle de sexualité, de contraception, d’IVG et où les réactions montrent que les gens ont un point de vue sur ce que vous devriez faire de votre corps de fille : ne pas accepter trop facilement une relation sexuelle qui vous fait pourtant envie, ne pas prendre à la légère ces choix de pilule que vous faites endurer à votre corps. Normal, les gens souhaitent vous protéger.
  • Ce jour où votre premier petit ami se vante d’être le seul et unique à « vous êtres passé dessus ». Normal, c’est de la possessivité amoureuse.
  • Ce jour où vous vous séparez de ce petit ami et que pendant le déménagement il vous met de coté les produits d’entretien « parce que vous les aviez achetés ». Normal, il n’en a pas l’utilité.
  • Ce jour où l’on vous a proposé de «  vous enculer » dans le métro parce que votre robe seyait à vos fesses. Normal, vous rentriez tard et seule du travail.
  • Ce jour où l’on vous a expliqué que la sexualité est un besoin pour les hommes, et qu’en tant que femme, vous n’en compreniez pas les fièvres. Normal, j’entends plus souvent les copains que les copines parler de sexe.

Oups wait ?! NORMAL ???

La pilule, comme je l’appelle, fut dure à avaler. Je suis d’un genre oppressé, dévalorisé, mes paroles, mes tenues, mes relations sociales plus largement sont entachées de mon sexe : le sexe plat, le sexe faible. Bref, je porte le gène de l’éponge. Ma condition est celle d’un dominé. Comme un jeux de carte, où quel que soit votre main, votre perdrez.

C’est en moquant le féminisme et ceux et celles qui en sont, que vous niez cette hiérarchie, freinez l’ascension vers l’égalité réelle et nous renvoyiez sans cesse à notre sexe. Je souhaite lutter contre le sexisme du monde, merci de ne plus moquer ces blessures et à défaut d’adhérer de ne pas prendre cet engagement à la légère. Ne me libérez pas, je m’en charge !

A mon frère qui m’a accompagné en avalant la pilule avec moi,

Pour aller plus loin sur les prises de conscience : http://www.viedemeuf.fr

Terpsichore

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